Jean-Louis Pons, confiserie Bono - Des fruits confits dans le plus pur respect de la tradition
Au pays des 13 desserts de fête, les fruits confits en sont l'une des spécialités les plus anciennes et les plus appréciées. Fabriqués suivant une méthode inchangée depuis des siècles, ceux de la confiserie Bono à Carpentras offrent aux gourmets leur aspect brillant, leur allure généreuse et leur goût intact.
C'est un passionné, Jean-Louis Pons, qui préside à la destinée de ce patrimoine gourmand depuis 1992. Visite guidée sur ses pas.
Comment fabrique-t-on des fruits confits artisanaux ?
C'est une technique qui remonte à l'Antiquité, dite de « chauffage alterné ». Les fruits sont triés manuellement pour ne conserver que les plus beaux, puis dénoyautés (abricots, cerises...), mais conservés entiers. D'autres comme les melons sont pelés et vidés. On les fait ensuite blanchir, de 10 secondes pour les fraises à une demi heure pour les melons et les oranges. Un bain d'eau froide renouvelé trois fois interrompt ensuite le processus. Les fruits sont plongés dans un sirop léger pendant 24h, puis transférés dans des poêlons où ils sont portés à ébullition pendant un temps très bref.
Replongés pendant une semaine dans le sirop de sucre, ils sont ensuite chauffés à nouveau etc, et ceci de 10 à 12 fois. Petit à petit l'eau des fruits est remplacé par le sirop, de plus en plus concentré. En 3 à 4 mois, les fruits confisent doucement, sans durcir ni racornir. Ils gardent leur saveur, leur couleur et leur forme sans adjonction d'additif d'aucune sorte. Une fois égouttés, ils peuvent être glacés, c'est à dire enrobés d'un sirop de sucre fin qui les empêche de coller et permet leur conservation à température ambiante pendant 2 à 3 mois. Mais les fruits non glacés ont de plus en plus d'adeptes.
Quelles variétés de fruits utilisez-vous ?
Ce sont des variétés spéciales, des fruits anciens que l'on ne trouve plus dans le commerce mais qui ont fait leurs preuves. Le melon est une variété tranchée qui ressemble à une petite citrouille verte. J'en possède des graines que je confie chaque année à un producteur. Les poires sont des « certos », une variété de petits fruits durs qu'un seul producteur des Hautes-Alpes cultive encore à 600 mètres d'altitude. J'utilise donc essentiellement des fruits régionaux, cueillis à maturité et traités immédiatement après cueillette, sans séjour en réfrigérateur. La saison commence au printemps avec les fraises puis les cerises, se poursuit en été avec les abricots, les melons, les pêches, les poires, les prunes et les figues. Entre novembre et janvier, ce sont les agrumes (clémentines, oranges, citrons, cédrat) et les ananas. Bien sûr, les fruits confits ne sont pas écoulés au fur et à mesure mais stockés dans les meilleures conditions, car la période principale de vente reste Noël.
Comment en êtes-vous venu à cet artisanat ?
Je n'y étais pas du tout destiné puisque je viens de la biologie médicale. C'est un peu le hasard qui m'a décidé à reprendre la maison en 1992. La confiserie Bono était la dernière des fabriques de fruits confits de Carpentras, alors qu'il en avait existé jusqu'à 20 à la grande époque, au tout début du XXe siècle. Mon père était un ami d'enfance de M. Bono ; enfant, je recevais des fruits confits à chaque Noël... Tout cela m'a décidé à me lancer ce défi, dans le souci de perpétuer une tradition, de maintenir ces produits de qualité. J'ai supprimé les intermédiaires et ai ouvert le premier site internet marchand de la région. Je me suis aussi lancé dans la diversification avec des confitures et des pâtes de fruits. En 1992, nous faisions 80% de notre chiffre d'affaires à Noël. Aujourd'hui, les ventes sont plus étales sur l'année.
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La confiserie Bono en chiffres
- 5 à 10 tonnes de fruits consommés par an.
- Une production annuelle de 3 à - 4 tonnes de fruits confits haut de gamme.
- 2 à 3 tonnes de confitures tous les ans.
- 10 tonnes de sucre cristal sont nécessaires à la production.
Histoire
Le fruit confit : une histoire qui remonte loin
Fabriqués à des fins de conservation, les fruits confits de l'Antiquité l'étaient au miel. Au XVIIIe siècle, le sucre de canne des colonies ouvre la voie à des recettes plus sophistiquées. Située dans le Comtat Venaissin, paradis des fruits et à proximité de la riche Avignon des Papes, Carpentras développe le commerce de ce produit de luxe que sont les fruits confits. Les berlingots de Carpentras n'en sont que le sous produit, fabriqués à partir du sirop de sucre résiduel, fortement parfumé de menthe pour faire oublier le goût initial !
Lors de la seconde guerre mondiale, la ville est occupée, le sucre manque. Carpentras et sa rivale Apt développent une technique industrielle de chauffage en continu avec des sucres de substitution. Le produit, de moindre qualité, doit être recoloré et reparfumé. C'est la naissance des fruits confits industriels, qui entrent surtout dans la composition de pâtisseries. Après la guerre, Carpentras retourne à la méthode artisanale tandis qu'Apt poursuit davantage dans la voie de l'industrialisation.
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